Au sujet de l'hypocondrie

La crise sanitaire a pu avoir un impact particulier chez certaines personnes de par les images dramatiques diffusées en boucle au tout début en mars avril 2020,

mais aussi de par les mesures instaurées telles que le confinement. En fonction de l'histoire personnelle de chacun, le type réaction ou l'absence de réaction, auront été vécues de manières multiples d'une personne à l'autre.

Par exemple les personnes qui ont connu des formes de maltraitance morale ou physique dans l'enfance auront pu expérimenter lors du confinement l'émergence d'états d'angoisse assez intenses et parfois difficilement contrôlables.

Mais parlons du sujet particulier qu'est l'hypocondrie nous faisant penser au Malade imaginaire de Molière et nous prêtant à sourire.

Cependant nous pouvons tous connaître des états hypocondriaques dans notre vie, plus ou moins marqués en fonction de notre état de santé mentale.

Certains évènements telle que la crise sanitaire que nous vivons peuvent chez certaines personnes, réveiller cette tendance à l'hypocondrie.

Ces épisodes surgissent aussi la plupart du temps lors de périodes charnières de la vie d'un individu: l'adolescence, la ménopause, la vieillesse. Souvent ces périodes impliquent de faire le deuil symbolique de ce qui constituait notre vie: la fin de l'enfance, la perte de fertilité chez la femme etc... L'acceptation d'un nouvel état de fonctionnement vital, d'un nouveau corps, impliquant de revoir sa propre représentation corporelle, son identité est parfois vécue d'une manière douloureuse consciemment ou inconsciemment.

Les épisodes hypocondriaques peuvent aussi surgir à des moments où l'on a perdu concrètement quelque chose ou quelqu'un: la perte d'un travail, d'un être cher, un divorce, une rupture ... Il s'agit de la perte d'un élément qui constituait notre identité, faisant partie intégrante de notre sphère narcissique.

Il peut être difficile voire impossible chez certaines personnes d'en effectuer naturellement le deuil. L'aspect angoissant et douloureux de ce dernier va venir se greffer, se déplacer, sur l'angoisse obsédante  de tomber malade au moindre symptôme ou signal envoyé par le corps aussi banal soit il, et dans des cas extrêmes entraînant la peur obsédante d'être atteint d'une pathologie mortelle. La relation avec le médecin est également modifiée. Celui-ci n'arrivant pas à rassurer le patient hypocondriaque et endossant malgré lui le rôle du médecin soit malveillant, sadique soit incapable.

L'hypocondrie joue cependant le rôle d'amortisseur, en effet lors du processus de deuil, il est nécessaire de se recentrer sur sa propre personne, le vertige douloureux du deuil, entraine alors parfois la nécessité de se préoccuper de manière obsédante de son propre corps, tout en se  désinvestissant provisoirement et partiellement de l'extérieur. Mais  gardons en mémoire que le but ultime de l'hypocondries est la préservation de la vie.

Quelle est la différence avec la somatisation ?

La différence principale entre l'état de somatisation où les angoisses, le stress entrainent des symptômes tels que les insomnies, maux de ventre, sensations d'oppression, et l'état hypocondriaque, est l'angoisse massive obsédante de la maladie, voire de mourir entraînant ainsi une "surconsommation " de rendez-vous médicaux, de médicaments...

Dans certains cas où l'hypocondrie est devenue psychotique un suivi psychiatrique est nécessaire.

Dans les autre cas, en phase névrotique caractérisée par le fait que l'individu est conscient de son problème,  un accompagnement sophrologique dans tout son aspect phénoménologique peut représenter une aide précieuse et douce pour le patient permettant l'apaisement progressif de ses angoisses et ensuite la reconnexion avec son Etre intérieur.

Edith Serpette